Des validations reconnues pour favoriser le développement et l'épanouissement personnels.


Pour minimiser notre orientation fondamentale, celle qui place la validation par des titres reconnus au cœur de l’action éducative, certains évoquent ces chômeurs diplômés et mêmes surdiplômés qui galèrent et qui luttent, même, pour leur survie. Nul ne peut contester ce constat. Cependant, il est utile, pour mieux apprécier ces situations, de relever l’importance des capacités cognitives et celles qui leur sont associées, les capacités d’adaptations, notamment. Un ingénieur, dans l’absolu, peut tout faire : exercer son art, ce pour quoi il a été formé, mais aussi enseigner, créer et vendre les produits ou services qu’il a étudiés, ou encore assurer d’autres prestations. Il pourrait ainsi s’adapter à une infinité de situations. Celui qui n’a aucune qualification pourra toujours s’adapter à des conditions de travail, assez voisines les unes des autres. A cette dimension philosophique, donc discutable, il faut prendre en considération le constat suivant : sur nos territoires ruraux 80 % des demandeurs d’emploi ont un niveau de formation générale qui tourne autour de la classe de troisième, 10 % ont un niveau baccalauréat et les 10 % restant sont constitués de bac plus 2 à bac plus 3. Les titulaires d’une licence ou d’une maîtrise représentent à peine 1 %. Chez les chômeurs titulaires d’un diplômes d’études supérieures, on ne retrouve que très rarement des personnes issues des filières scientifiques ou techniques. La situation de celles qu’on y croise, s’explique souvent par un état de handicap ou de maladie qui a rendu difficile l’orientation professionnelle. Parfois encore, les choix ou les exigences de la vie personnelle rendent souvent difficile la reprise d’activité. Ainsi en est-il de ces deux dames ayant déménagé pour cause de mutation du conjoint : une scientifique responsable d’un laboratoire de recherche et l’autre spécialiste de la communication d’une importante entreprise et de ses relations avec les grands média. L’une et l’autre n’ont aucune chance de retrouver localement les emplois qu’elles ont quittés à Paris. Elles devront s’adapter à de nouvelles situations.

Pour nos zones rurales, l’urgence se situe aux niveaux 5 et infra 5, de l’éducation nationale, c’est à dire à la classe de troisième ou à celle préparant à un Cap-Bep et qui représentent la masse la plus importante des demandeurs d’emploi. Malheureusement cette catégorie recèle beaucoup d’illettrés et même parfois des analphabètes. Aujourd’hui, alors que le besoin en personnel qualifié est particulièrement fort et dans pratiquement tous les secteurs d’activité, des projets de développement sont compromis faute de candidats. Cette pénurie s’explique essentiellement par l’insuffisance du niveau de formation générale qui se dresse comme un véritable barrage devant ceux que les multiples raisons ont conduits à l’échec scolaire. A ce propos, on peut évoquer le problème national de la pénurie d’infirmiers ou d’infirmières ou encore celui des aides-soignants et aides-soignantes. Il suffit aussi de parcourir les stations thermales du grand sud-ouest pour n’y croiser aucun kinésithérapeute français. Ils sont pour l’essentiel espagnols et parfois belges. Les espagnols avec lesquels j’avais échangé, n’ont nullement l’intention de s’éterniser hors du pays natal. Le temps de réaliser quelques économies et une vraie expérience et les voilà repartis, laissant l’établissement thermal face à son éternel problème : trouver un remplaçant. On peut aussi, citer pour la région Midi-Pyrénées, les permanents cris d’alarme de l’industrie aéronautique et son besoin en opérateurs et opératrices sur machines à commandes numériques, qui peut être satisfait par un dispositif d’élévation des niveaux de formation et de qualification.

La crise que nous traversons actuellement n’est que passagère et l’on devrait mettre à profit ces moments difficiles pour développer le potentiel des salariés comme celui des demandeurs d’emploi. Des études, fort anciennes mais que rien n’est venu contredire, démontraient que, face à la crise se sont les entreprises dotées des ressources humaines les plus et les mieux formées, qui arrivaient à traverser la tempête économique avec le moins de dégâts. C’est dans une certaine vision du futur, un avenir sur lequel le sujet agit, que adc a placé les validations par des titres reconnus.

C’est à l’occasion d’accompagnements vers l’emploi et des échanges qu’ils impliquent, avec la personne, que la valeur symbolique du diplôme prend tout son sens. Je me souviens encore de cette personne, qui à quarante ans, n’avait jusque là, obtenu aucun diplôme. Son premier titre reconnu a été un Bep vente, un produit de l’éducation nationale qu’elle considérait comme son premier lien avec la nation et donc avec la société. Cette personne aux racines quercynoise bien établies n’avait considéré son appartenance à la société française qu’à partir du moment où elle en avait obtenu l’un des plus beaux étendards: le diplôme qu’on aime souvent exhiber. Pour s’en convaincre, il suffit de lire quelques cartes de visites. Après ce premier succès, elle en décrocha, dans la foulée, deux autres, un Bep secrétariat et un autre en Comptabilité. La solution en terme d’emploi s’en suivit peu de temps après. Cependant, le résultat le plus exceptionnel a été son élection à la tête de la municipalité, plusieurs mandats durant.

Ainsi, dans la mesure du possible, adc a fait le pari de faire valider les actions qu’elle propose par des titres reconnus de l’éducation nationale, Cap et Bep essentiellement et parfois le baccalauréat professionnel du secteur tertiaire : vente, secrétariat et comptabilité mais aussi, le Daeu (Diplôme d’accès aux études universitaires) de l’Université de Toulouse le Mirail, et également le Dpce (Diplôme du premier cycle économique) du Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) ou encore des titres européens , les diplômes de l’université de Cambridge.



L’autre rôle que joue le diplôme, notamment ceux des niveaux 5 et 4, est l’accès à l’autonomie. Celle-ci concernerait autant des aspects sociaux que psychosociaux de la vie quotidienne : gérer son budget, accompagner l’éducation de ses enfants, participer à la vie sociale, culturelle et économique ou être en état de se déterminer et enfin, faire des choix réfléchis. Un citoyen sans autonomie est un pion qu’on déplace.

Depuis au moins deux siècles, et pour des générations de français, de diplôme en diplôme, les citoyens ont parcouru, pas à pas, les différents grades, du certificat d’études primaires au doctorat d’état. Chacun s’arrêtant là où les contraintes du moment l’obligeaient à le faire. Enfin, après un premier pas, d’autres pourront suivre, c’est une exigence de tout progrès. J’ai été particulièrement choqué quand voilà plus dix ans, l’Education nationale supprimait le Cap Esac (Employé des services administratif et commerciaux) au motif qu’il n’était pas porteur d’emploi. Il est vrai qu’aujourd’hui, plus personne ne se souvient de ce haut fait de la réforme éducative. L’argument était indiscutable mais, hélas, le Cap Esac n’était pas le seul en cause. Il aurait fallu en décapiter plus d’un, pour preuve de l’audace dont le système éducatif français a besoin. Du coup, plus aucun élève des classes défavorisées, ne trouverait, à portée de main, la bouée de sauvetage que ce diplôme représentait. Du même coup, on lui signifie sa non appartenance à la société. C’est une des causes du lamentable gâchis auquel nous assistons, depuis de nombreuses années. Les réflexions qui tournent autour de la suppression des Bep et même du baccalauréat, conduiraient à une catastrophe qui pourrait toucher les fondements même de la société. Demain ce ne sera pas un diplôme qui départagera des candidats mais bien l’appartenance à une classe. Un tel cri d’alarme avait été lancé par Albert Jacquard au lendemain de mai 1968 aux étudiants qui voulaient la suppression des examens. La sagesse l’avait emporté.

Nous retrouvons aujourd’hui les idées et les projets que adc a toujours portés dans le « Rapport pour la libération de la croissance française », élaboré sous la présidence de Jacques Attali. Depuis sa création, adc avait adopté une conception de l’éducation que l’on retrouve aussi dans le rapport Attali : une action «qui forme des générations créatives et confiantes », une formulation porteuse de toutes les espérances. C’est, plus particulièrement, dans la décision 114, de ce même rapport, « Améliorer la formation et les parcours professionnels » qu’adc, sous ma direction, avait essayé d’apporter les solutions les plus innovantes. Jacques Attali est un grand visionnaire et certaines de ses propositions ont, une avance, d’au moins, une décennie, sur les prospectives des meilleurs spécialistes du moment. Cependant, certaines analyses dont découlent les décisions, semblent trop superficielles pour échapper au caractère, à l’apparence d’une grande banalité, de certaines propositions. Ainsi, la décision 16, « généraliser les cours du soir » que j’ai mise en place depuis plus de 12 ans dans un département rural comme le Lot, pourrait susciter moqueries et déceptions. Les décideurs des grandes métropoles régionales pourraient dire, à juste titre, qu’ils n’avaient pas attendu les recommandations de Jacques Attali, pour s’y lancer, même si des améliorations sont toujours possibles et souhaitables. Les provinciaux que nous sommes ne peuvent pas être empêchés de penser que la mesure ne profiterait qu’à Paris et aux capitales régionales. En effet, pour certaines décisions, la décentralisation n’a fait qu’éclater le jacobinisme parisien. Cette décision aurait gagné à viser les territoires entiers jusqu’ici non couverts par cette disposition visant la démocratisation de l’accès aux savoirs et qui constitue le fondement du rapport Attali. Une analyse plus fouillée et un questionnement aussi pertinent mais un peu plus élargi, aurait conduit à penser à ceux qui sont dans l’impossibilité à participer aux cours du soir pour des raisons professionnelles. De nombreux salariés des métiers de services, restauration, entretien des bureaux… souhaitent l’organisation de cours du matin. C’est le cas notamment de la formation préparant au Daeu. Une telle mesure, surprenante au premier abord, est tout à fait en adéquation avec le marché de l’emploi et s’intègre parfaitement à l’objectif affiché par la commission Attali, de lutter contre la précarité. Une telle décision marquerait une orientation nouvelle du dispositif de formation continue.
D’autres propositions, du rapport Attali, notamment la décision de supprimer tout diplôme pour la création d’activité en coiffure, paraît anachronique. En effet la commission souhaite substituer à l’exigence du brevet professionnel, la possession du Cap ou la justification de cinq années d’expérience professionnelle. Nos observations quotidiennes ne révèlent pas un réel problème que rencontrerait ce type d’activité. Une telle décision se justifierait avant tout par un souci d’harmonisation des conditions de création d’activités de services à la personne. En outre, elle serait en apparente contradiction avec un autre axe majeur au rapport Attali : la professionnalisation des intervenants. Enfin, le pays qui n’est pas capable de répondre au besoin en personnel qualifié pour ce secteur d’activité, par le biais d’un dispositif de formation professionnelle adapté, ne peut prétendre aux premiers rôles à l’échelle des nations. L’objection adressée à l’éducation nationale, s’adresse aussi à Jacques Attali qui, dans le cadre de son rapport, oublie ou ne prête guère attention à tous les emplois sous tension par manque d’intervenants qualifiés. Il nous suffirait de supprimer le diplôme d’infirmier pour observer, dans un temps record, les dégâts d’une catastrophe annoncée.
Constatant certains freins à la mise en œuvre de Vae (Validation des acquis de l’expérience) et plus particulièrement pour l’obtention du brevet professionnel de coiffure, le rapport Attali suggère « d’alléger la procédure administrative ». S’il est certain que les formalités bureaucratiques ont pris le pas sur l’évaluation technique des dossiers, il ne faudrait surtout pas que l’obtention d’un titre devienne une simple formalité car ce serait rendre le plus mauvais des services et en premier lieu aux bénéficiaires eux-mêmes. Une enquête un peu plus poussée sur ce thème, permettrait de dégager très rapidement les axes de progrès qui pourraient servir la croissance. Comme tous les dispositifs de gestion des ressources humaines, celui de la Vae s’intéresse peu, ou pas, aux certifications de niveau 5, Cap et Bep essentiellement, exception faite pour le Dpas (Diplôme professionnel d’aide-soignant). De très nombreux maçons, des artistes du bâtiment, continuent d’être rémunérés comme manœuvres faute de pouvoir justifier d’une légitime reconnaissance. Il est également possible de stimuler le dispositif en accordant une priorité à la validation d’un niveau à un autre, passage du 5 au 4, du 4 au 3 ainsi de suite. .. Le caractère exceptionnel des autres situations, comme la validation par un titre équivalent à un master pour une personne qui ne justifiait d’aucun diplôme et que la presse avait énormément médiatisée, pourrait donner lieu à des délais de traitement plus longs. Pour l’instant, nous sommes loin du dispositif « révolutionnaire » comme se plaisait à le qualifier cette journaliste du Nouvel Observateur. Enfin, le maillage par les points relais-conseils Vae n’est pas suffisamment étendu pour permettre le repérage des personnes qui ont le plus besoin d’un dispositif censé leur bénéficier en priorité.


Enfin la démarche d’adc est confortée par un autre constat. En province, les salariés ont nettement moins recours à la formation professionnelle continue. Aucune modalité de mise en œuvre ne semble favoriser l’accès aux actions qui actualiseraient des compétences que les entreprises souhaiteraient nombreuses,
variées et particulièrement pointues. Ce propos doit être relativisé par le fait que les actions de promotion sociale, celles pour lesquelles, le salarié peut s’y engager sans recourir à l’accord préalable de son employeur, ni même sans l’en informer, sont peu nombreuses voire inexistantes sur les territoires ruraux et pourraient expliquer en partie le douloureux constat que l’on fait régulièrement. Au même moment, l’entreprise réalise beaucoup d’actions de formation que lui impose l’adaptation aux processus de production et l’application de dispositions législatives et règlementaires, notamment en matière d’hygiène et sécurité. Cet aspect du plan de formation de l’entreprise ne se traduit pas forcément par des acquis négociables sur le marché de l’emploi. La fermeture de certains établissements pour des raisons très différentes, restructuration, délocalisation ou difficultés financières, conduit toujours au même constat. Des centaines de salariés, des hommes et des femmes, se retrouvent sur le marché de l’emploi avec un profil, quasiment identique à celui de leur embauche un quart de siècle plus tôt, la force et la verve de jeunesse en moins. Des satisfactions sont exprimées quand les exclus de l’emploi retrouvent une solution sur des emplois aussi peu qualifiés que les précédents avec une baisse importante du salaire. Parfois, l’unique solution, celle qui ne laisse guère le choix, est un temps partiel à durée déterminée. C’est d’une tristesse infinie pour une puissance économique comme la France. Les responsabilités sont multiples. Pour s’en défendre, le directeur des ressources humaines fait la démonstration de la satisfaction des obligations de l’entreprise. Pour le reste, il invoque, la liberté du salarié. Localement, les élus comme les représentants du personnel, ne s’expriment pas publiquement, du moins à l’occasion des fermetures, sur les questions de formation et de perfectionnement tout au long de la vie. Il y a enfin, la responsabilité personnelle du salarié, à revendiquer un droit. Le Dif (Droit individuel à la formation), notamment, est insuffisamment utilisé par ceux qui en ont le plus besoin. Il y a aussi, les propositions des cellules de reclassement qui méritent un suivi et un contrôle des autorités qui ont en charge cette mission. Récemment, une de ces cellules proposait à un salarié licencié après plus de trente ans de dévouement, un budget formation au titre du Dif de 289 euros. Au taux horaire moyen constaté de 42 euros, ce montant correspond à peine à huit heures de formation alors que son droit s’élève à plus de 100.

C’est dans ses observations et sa pratique quotidienne, que adc puisait et développait ses réponses au profit d’un territoire rural dont la dynamique ne demandait qu’à être stimulée.

Les publics accueillis à adc bénéficiaient de la gratuité des prestations sauf exception particulièrement rare. En effet, les demandeurs d’emploi accédaient à des actions financées par le conseil Régional Midi-Pyrénées ou par l’Anpe. Les salariés sont pris en charge dans le cadre du plan de formation de l’entreprise ou du Dif. Les citoyens qui ne peuvent bénéficier d’aucun financement s’acquittent d’un tarif horaire, presque symbolique, entre 3 et 5 euros.

En 16 ans d’activités, ce sont, plus de 300 diplômes et plus de 700 emplois consolidables c'est-à-dire essentiellement des Cdi et des Cdd de plus de six mois, que les bénéficiaires des prestations d’adc ont pu obtenir. C’est un résultat énorme pour un territoire de 16 000 habitants. Le résultat en terme de validation par un titre de l’éducation nationale, aurait pu être plus important sans la suppression du dispositif dit de « validation par matière » qui permettait aux candidats d’aller vers un diplôme à un rythme qui tenait compte de leurs contraintes, personnelles ou professionnelles.