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vendredi 6 avril 2018

Quel projet pour la francophonie ?








Il y a le combat contre les injustices ... 
et le combat pour les idées.

Quel projet pour la francophonie ?
Par Rabah Bouguerra

Je ne suis pas un « défenseur grincheux » de la langue française mais je suis atterré par ce que je lis à propos du projet pour la francophonie  que la presse  rapporte sans recul aucun.  « Le français, c’est cool ! »  dit Leila Slimani, prix Goncourt et représentante du Président de la République pour le projet, en guise d’introduction à la présentation de sa vision du monde francophone et francophile !  Nul doute, cette position n’est pas grincheuse mais signe sa reddition  devant la langue de sa majesté la reine !
Dois-je donner des arguments pour vous convaincre que les Anglais font mieux que nous ? Inutile, tant les performances des Britanniques subjuguent toute la planète.

L’université de Cambridge…

Jusqu’à la fin des années 80, le Royaume uni confiait la diffusion de l’anglais à deux universités Oxford et Cambridge mais dès le début de la décennie suivante la mission fut confiée à cette dernière. Je n’étais pas et d’ailleurs je ne suis toujours pas dans le secret des dirigeants britanniques mais quelque chose me dit qu’avec deux établissements pilotes, on devait, au moins de temps en temps, se marcher sur les pieds. Alors par soucis d’efficacité, on confia l’étendard à l’université de Cambridge ! Du Pet (Preliminary English Test) au Cpe (Certificate of Proficiency in English) en passant par le Fce (First Certificate in English) et le Cae (Certificate in Advanced English), l’Université de Cambridge organise  quatre fois par an, à la même date et à la même heures , à travers le monde entier, (1)  les épreuves d’évaluation qui permettront à l’autorité universitaire de délivrer plus d’un million de diplômes  ( Désolé, je n’ai pas actualisé mes chiffres !). Comment résister à ce bulldozer ?
Sans doute, vous vous demandez pourquoi je vous inflige ce discours alors que c’est la francophonie qui nous préoccupe ! Interrogez l’entraîneur de l’équipe de France de rugby et il vous répètera qu’il a fallu décortiquer le jeu anglais pour battre le XV de la rose !
« Le français c’est cool », nous sommes d’accord mais une validation de Cambridge arborée sur un Cv c’est classe ! (2)

L’Alliance française …

L’alliance française est l’association qui diffuse le français à travers le monde. Elle est peu connue mais même quand on essaie d’obtenir des informations, il faut vous armer de patience. Voilà quelques années l’Obs avait consacré un article à la vénérable institution. A la question, « Que savez- vous de l’alliance française ? ». « C’est le lieu où on rencontre beaucoup de jolies filles » était la réponse la plus souvent donnée, rapporte le journaliste chargé de l’enquête.  Une surprenante réponse pour distinguer un lieu de savoir !
Au-delà de l’anecdote, l’alliance française a une connotation péjorative. Elle renvoie à collaboration dont personne n’en veut  tant elle évoque un passé douloureux ! Il faut croire au miracle pour penser que l’Alliance française puisse rivaliser avec l’illustre université britannique.

Cambridge vs La Sorbonne.

Vous pensez sérieusement que l’Alliance française puisse faire le poids devant l’université de Cambridge ? Alors que la France dispose d’un étendard qui ne demande qu’à être levé : l’Université de la Sorbonne, le phare de la culture française qui guide, déjà, les vaisseaux des cinq  coins du globe  (Désolé pour les autres universités françaises qui ont sans doute autant de mérite). Efficacité oblige ! Comme les anglais,  il faut faire un choix !  
A cela, les échos qui nous parviennent  propos de l’Alliance française conduisent les citoyens  s’interroger alors que les autorités françaises  ne semblent pas vouloir s’exprimer publiquement  pour donner un utile contrepoids au documentaire d’Envoyé spécial qu’a diffusé France 2. (3)
Le président Emmanuel Macron nous a habitué  à des idées audacieuses et à des projets qui le sont autant (Révolutionnaire, étant galvaudé, voilà pourquoi nous ne l’utilisons pas) notamment à propos de l’éducation, nous livre sur le sujet un non-projet ! Comment peut-on ne pas s’interroger sur ce qui fait la force des anglais pour demeurer dans ce chemin bourbeux dans lequel s’enlise la francophonie.

La francophonie…en France et à travers le monde.

 Le Président Macron a promis de «  sanctuariser » le financement  de l’Alliance française dont l’action est avant tout orientée à l’international. (Dans cet article de l’Obs, une des responsables de l’Alliance française déclarait que cette dernière était financée à 100 % par les usagers !). Cependant, tout semble indiquer que les « oubliés de la Républiques » ne sont concernés par aucune réflexion. Ils sont plus de trois millions de français en souffrance au regard de leur propre langue. D’où viennent les trois millions ? Souvenez-vous des 160 000 jeunes qui quittent annuellement le système éducatif en situation d’échec. Lors d’un de ses derniers discours, Najat Vallaud-Belkacem nous apprend qu’ils ne sont plus que 90 00 !! Attendons la confirmation de l’Insee ! Mais faites le compte : la situation dont hérite l’actuel gouvernement est catastrophique. Ce faible niveau de maîtrise de la langue française explique bien des paradoxes : ces nombreux emplois qui ne trouvent pas preneurs ! Ces cris de détresse de bien des entrepreneurs ! La stagnation de l’apprentissage… Et enfin, la conséquence la plus dramatique de cet abandon, est la situation dans laquelle se trouvent les banlieues des grandes villes qui produisent, en masse, des dealers expérimentés et des imams autoproclamés. L’ancien premier ministre,  Emmanuel Valls n’avait pas hésité à  parler, à juste titre,  de ghettos, une situation que reconnaissent de très nombreux responsables. Pour y remédier il existe un outil national, peu coûteux et qui serait autant utile voire indispensable aux français comme à beaucoup de citoyens de ce monde : il s’agit du Daeu (Diplôme d’accès aux études universitaire)  aujourd’hui seulement accessible dans les villes universitaires. Un tel projet ferait, selon la thèse d’Alain Bentolila, de l’éducation et le rayonnement de la francophonie le vrai rempart contre la barbarie.

Hacène Rabah Bouguerra
Conseiller d’orientation scolaire et professionnelle - Psychologue du travail
Fondateur et dirigeant d’Adc – Président d’Euro-Med.







(1)    Parmi ces villes au nombre desquelles on peut  compter toutes les capitales du monde ou presque, figurait un petit village lotois : Saint-Céré, le bien nommé ! Nous y assurâmes 13 promotions en partenariat avec l’université de Cambridge !
(2)    Une de nos promotions avait accueilli, Alain un « quadra plus », ingénieur qualité … qui s’était retrouvé au chômage et dont le retour à l’emploi était contrarié par les tests d’évaluation  en anglais. Il lui était difficile de rivaliser sur ce terrain avec  les plus jeunes,  sans doute mieux préparés. Alain prit la lourde décision de s’éloigner de sa famille  pendant 3 mois,   logeant à l’internat du lycée voisin pour se consacrer à temps plein à la maîtrise de la langue de Shakespeare  (Il rentrait chez lui toutes les fins de semaines ou tous les weekends, si vous préférez !) … Alain conclut son stage très intensif par l’obtention de deux diplômes le Fce et le Cae ! qu’il  s’empresse d’afficher en bonne place sur son Cv. Alain me racontait que depuis ce jour aucun recruteur n’avait osé le soumettre à la moulinette de l’épreuve d’évaluation.  Pour les chasseurs de têtes, Alain devait être au top ! puisqu’il est diplômé de Cambridge ! Allons-nous nous plaindre des préjugés qui nous sont favorables ?
(3)    Ce document nous apprend que dans une ville à l’est de la fédération de Russie. Le responsable de l’Alliance française gérait sans doute l’établissement de formation dont il avait la charge mais participait aussi  à des campagnes télévisées de promotions de produits variés, un peu comme ces émissions qui matraquent les téléspectateurs tous les matins sur certaines chaînes. Pour des raisons obscures,   nous dit-on, ce responsable fut arrêté, jugé ( ?) et emprisonné ! Vous voyez, la langue française mène à tout ! On ne sait pas trop comment, le représentant de l’Alliance française réussit à s’évader et trouva refuge auprès  d’une représentation diplomatique à Moscou. Il y resta quelques temps avant de prendre la décision de s’enfuir pour regagner clandestinement la France où la chaîne publique lui offrit  sur un plateau ! une tribune qui lui permit de dire tout le mal qu’il pensait des services français qui, pourtant,  l’avait accueilli. Il semblerait que ces derniers n’avaient pas suffisamment fait pour protéger ce fonctionnaire des affaires étrangères détaché auprès de l’Alliance française …